Le badge MIFARE Classic est l'un des badges sans contact les plus répandus au monde. On le trouve dans les entreprises, les hôtels, les résidences, les parkings et de nombreux systèmes de transport. Il est bon marché, compatible avec presque tous les lecteurs, et il fonctionne. Le problème est ailleurs : sa sécurité est cassée depuis plus de quinze ans, et de nouvelles failles continuent d'être découvertes.
Si vos portes s'ouvrent encore avec un badge MIFARE Classic, voici ce qu'il faut savoir.
Un badge conçu dans les années 1990
Le MIFARE Classic a été lancé dans les années 1990 par Philips, dont l'activité semi-conducteurs est devenue NXP. Il fonctionne à 13,56 MHz et existe principalement en deux capacités, 1K et 4K. Sa mémoire est divisée en secteurs, chacun protégé par des clés de 48 bits, et les échanges avec le lecteur sont chiffrés par un algorithme propriétaire appelé Crypto-1.
Pendant des années, la sécurité de ce badge a reposé sur le secret de cet algorithme. C'est précisément ce qui a cédé.
Les grandes étapes des attaques
2007-2008 : Crypto-1 dévoilé
Fin 2007, les chercheurs Karsten Nohl et Henryk Plötz présentent au congrès du Chaos Computer Club la reconstitution de l'algorithme, obtenue en analysant la puce au microscope. En 2008, une équipe de l'université Radboud de Nimègue, aux Pays-Bas, publie des attaques pratiques permettant de récupérer les clés et de cloner des cartes, malgré une procédure judiciaire engagée par le fabricant pour empêcher la publication.
Les attaques « darkside », « nested » et « hardnested »
Dans les années qui suivent, plusieurs méthodes rendent la récupération des clés rapide et accessible :
- l'attaque darkside permet de retrouver une première clé sans en connaître aucune ;
- l'attaque nested permet, à partir d'une clé connue, de retrouver les autres en quelques secondes ;
- l'attaque hardnested, publiée en 2015, s'attaque aux versions durcies du badge, qui corrigeaient certaines faiblesses.
Ces attaques sont aujourd'hui intégrées dans des outils grand public, vendus quelques dizaines à quelques centaines d'euros, avec des tutoriels détaillés en ligne.
2024 : une porte dérobée matérielle
En août 2024, Philippe Teuwen, chercheur chez Quarkslab, a révélé l'existence d'une porte dérobée matérielle dans la puce FM11RF08S, une carte compatible MIFARE Classic fabriquée par Shanghai Fudan Microelectronics et très diffusée. Cette porte dérobée permet de s'authentifier avec une clé secrète, identique pour toutes les cartes concernées, puis de récupérer en quelques minutes les clés définies par l'utilisateur, même lorsqu'elles sont diversifiées. Le chercheur a également signalé une porte dérobée similaire sur une génération antérieure de puces.
En pratique, cela signifie qu'un badge que l'on pensait protégé par des clés propres au site peut être lu, puis copié, par quelqu'un qui l'a eu entre les mains quelques minutes.
Une faille encore plus simple : la lecture du numéro de série
Beaucoup d'installations ne lisent même pas les données chiffrées du badge. Le lecteur se contente du numéro de série de la puce (UID), transmis en clair à chaque passage. Or il existe des cartes dites « magiques », dont le numéro de série peut être réécrit à volonté.
Dans ce cas, il suffit d'approcher discrètement un lecteur portable du badge d'un salarié, dans un ascenseur ou une file d'attente, pour en relever le numéro et fabriquer un double fonctionnel. Aucune attaque cryptographique n'est nécessaire.
Pourquoi c'est un vrai risque pour l'entreprise
Un badge copié ne laisse aucune trace d'effraction. Dans l'historique du contrôle d'accès, l'entrée apparaît comme celle du salarié légitime. Cela pose plusieurs problèmes :
- l'intrusion passe inaperçue, aucune alarme ne se déclenche ;
- l'enquête est faussée, puisque le journal désigne une personne qui n'est pas en cause ;
- les zones sensibles sont exposées, si le même badge ouvre aussi la salle serveur ou le local technique ;
- la conformité est en jeu : l'ANSSI, dans ses recommandations sur les systèmes de contrôle d'accès physique, déconseille les technologies dont les mécanismes de sécurité sont connus pour être cassés.
Comment migrer vers un badge sûr
1. Faire l'inventaire
Identifier les technologies de badges en circulation, les modèles de lecteurs et de contrôleurs, et la façon dont l'identifiant est lu (numéro de série ou secteur chiffré).
2. Choisir une technologie moderne
Les badges MIFARE DESFire EV2 ou EV3 utilisent un chiffrement AES reconnu. Ils doivent être configurés avec des clés propres au site, diversifiées pour chaque badge, et non avec les clés d'usine.
3. Sécuriser toute la chaîne
Un badge chiffré ne suffit pas si le lecteur transmet ensuite l'identifiant en clair au contrôleur. Les lecteurs transparents associés au protocole SSCP de la SPAC Alliance chiffrent l'ensemble de la communication, du badge jusqu'au contrôleur placé en zone protégée. C'est l'architecture recommandée pour les sites sensibles, comme nous l'expliquons dans notre page sur le contrôle d'accès conforme ANSSI.
4. Migrer par étapes
Des lecteurs multi-technologies acceptent à la fois les anciens et les nouveaux badges. On remplace d'abord les lecteurs, puis on renouvelle les badges par vagues, en commençant par les populations qui accèdent aux zones les plus sensibles. Une fois la migration terminée, on désactive la lecture des anciens badges.
5. Revoir les procédures
Déclaration immédiate des badges perdus, retrait des droits au départ d'un salarié, badges visiteurs à durée limitée : les meilleures puces ne compensent pas une gestion des droits approximative.
L'accompagnement de Safnest
Safnest audite les installations de contrôle d'accès par badge, identifie les badges vulnérables et conduit la migration vers des technologies sécurisées, sans interrompre l'activité du site. Nous intervenons pour les entreprises, les industriels et les sites sensibles. Contactez-nous pour faire tester vos badges.
Sources : K. Nohl et H. Plötz, présentation au 24e Chaos Communication Congress (décembre 2007) ; F. Garcia et al., université Radboud de Nimègue, « Dismantling MIFARE Classic » (2008) ; C. Meijer et R. Verdult, attaque « hardnested » (2015) ; P. Teuwen, Quarkslab, « MIFARE Classic: exposing the static encrypted nonce variant » (août 2024), relayé par SecurityWeek et The Hacker News.